Etes vous Jacobin ou Girondin ?

Guillaume Peltier, député LR et soutien du candidat Laurent Wauquier, s’est fendu d’une tribune dans le quotidien Le Figaro du 8 novembre dernier. Le titre de cette tribune : « nos provinces, une chance pour la France ». Le ton employé : audacieux. Le contenu : dénoncer le jacobinisme incarné par la ville de Paris en promouvant la « France des provinces ».

Plus récemment, toujours dans le même quotidien, une nouvelle tribune à charge sur le jacobinisme cosignée par des auteurs d’origine provinciale, issus de l’élite ou du monde politique et membres du Groupe Cincinnatus.

 

Ce thème est régulièrement abordé sans que l’on sache vraiment s’il s’agit d’un effet de mode ou d’un réel débat devant déboucher inéluctablement sur une modification profonde de nos institutions.

Tout d’abord un peu d’histoire. Qu’est ce que l’Etat jacobin ?

En 1789, le jacobinisme est la première forme d’opposition politique à la Monarchie. Organisés en club, les jacobins se retrouvent pour échanger des idées certes révolutionnaires et issues du siècle des Lumières mais aussi et surtout pour les mettre en application. En l’espace de quatre années notamment marquées par la Terreur, les jacobins passent de la qualification de démocrates, de libéraux à celle d’archange de la terreur et de la dictature. Puis à la chute de Robespierre, ils sont pourchassés.

Très rapidement donc, ces hommes qui ont fait la Révolution ont été décriés, interdits au motif qu’ils incarnaient l’une des pages les plus sombres de notre histoire.

 

Au fil du temps, il s’est trouvé un certain nombre d’historiens pour reprendre leur défense, expliquer qu’après tout leur action avait été un mal nécessaire et surtout dicté par les circonstances exceptionnelles de l’époque : menaces au frontière, guerre civile de Vendée, luttes de pouvoir entre différentes factions.

 

Un point sur lequel il est difficile de ne pas s’accorder : la révolution de 1789 a assis l’hégémonie de Paris, toutes les décisions institutionnelles, politiques, sociales provenant de la capitale.

 

De fait, le jacobinisme est devenu progressivement synonyme de centralisation étatique et de parisianisme, terme hautement péjoratif et illustrant pleinement le ressentiment de la Province mise à l’écart du pouvoir décisionnel.

 

Aujourd’hui, les adversaires du jacobinisme justifient leur position en pointant du doigt le déséquilibre économique évident entre Paris et la Province, le premier aspirant toute l’activité économique au détriment du second. Il suffit de consulter sur une carte géographique la convergence des tracés autoroutiers, ferroviaires vers la capitale pour s’apercevoir que Paris est devenu ce que la Rome antique représentait pour l’Empire.

Les décisions politiques sont prises à Paris : l’Assemblée Nationale, le Sénat, les ministères, l’Elysée… Bref, les fameuses élites… Ici nous touchons du doigt un autre aspect du jacobinisme. Cette centralisation étatique ne peut être assurée que par des cerveaux tout spécialement préparés à ces hautes tâches : Sciences Po, Ecole normale, ENA… en un mot les technocrates.

Cela nous conduit tout naturellement à définir le jacobinisme comme la représentation d’un état centralisé parisien géré par des technocrates en opposition à la province gérée par des élus.

En quoi cela t’il pose problème ?

 

La Loi du 16 décembre 2010 n’a-t-elle pas permis une redistribution des cartes en accordant davantage de prérogatives aux régions ? Ainsi, cette réforme a été accompagnée d’une restructuration du mille-feuilles institutionnel local en instaurant notamment le conseiller territorial et en promouvant l’intercommunalité. Cette Loi s’inscrit dans le cadre du réaménagement du territoire et a d’ailleurs été complétée par une autre Loi, celle du 16 janvier 2015 réduisant le nombre de régions de 22 à 13.

 

Cependant redonner plus de fonctions au niveau local ne signifie pas forcément donner plus d’autonomie en matière de pouvoir politique surtout si financièrement, aucun accompagnement des recettes n’est envisagé.

Ainsi, l’instauration de la contribution économique territoriale en remplacement de la taxe professionnelle accompagnée d’une baisse des dotations de l’Etat n’a pas permis aux différentes régions d’équilibrer leurs comptes : c’est même tout le contraire… Les déficits se sont creusés pour l’ensemble des régions.

La conséquence de cette évolution devient évidente : les élus locaux réclament désormais plus de pouvoir politique afin d’obtenir plus d’indépendance financière. D’où ce thème récurrent de la fin du jacobinisme au motif qu’il serait la représentation la plus odieuse de l’autocratisme et de l’aliénation de la volonté du peuple puisque les décisions sont prises à Paris et non pas localement (on peut faire la même analyse avec Bruxelles).

Au fonds, ne sommes nous pas en train de récréer des baronnies, des duchés qui certes feraient allégeance au Roi (lire président) mais dont le fonctionnement traduirait une volonté d’indépendance, d’autonomie ? La situation de la Catalogne mais celle aussi de l’Ecosse sont là pour nous rappeler cette tentation qui reste aux yeux de beaucoup comme un aveu d’impuissance de l’Etat à affirmer sa propre autorité.

 

Bien sûr, il est toujours agréable de penser (surtout pour un provincial) que Paris est la source de tous les maux mais la force de la France ne réside t’elle pas dans cette centralisation, surtout à l’échelle de l’Europe ? Tout comme il est aussi évident que parcelliser le territoire c’est aussi l’affaiblir ?

 

P.MAGNERON