La Croix de Ploërmel

Dans sa décision du 25 octobre dernier relative au contentieux opposant la Fédération mobihanaise de la libre pensée à la Commune de Ploërmel portant sur l’installation d’une croix sur un emplacement public, le Conseil d’Etat a soulevé le mécontentement et l’indignation des partisans d’une France profondément Chrétienne (rappelant à cette occasion ses origines chrétiennes séculaires) indignation largement relayée par les medias qui, une fois de plus, ont grossi le trait avec un prisme qui reconnaissons le, manque de recul voire pour certains d’honnêté intellectuelle.

Rappelons les faits : la commune de Ploërmel (Morbihan) a accepté en octobre 2006 un don fait par un artiste russe d’une statue représentant le pape jean-Paul II et destinée à être implantée sur une place de la dite commune. Jusque là, rien d’anormal, le don étant clairement assimilé à une œuvre d’art.

Cepedant, le maire dans un enthousiasme bien compréhensif a jugé bon d’habiller l’œuvre d’art d’une arche surplombée d’une croix ce qui dès lors lui fait changer son caractère artistique en la transportant en une œuvre cultuelle.

C’est à ce moment qu’intervient l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat : « Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit. à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions ».

Patatras ! La croix doit être détruite et c’est tout le monde Chrétien qui s’ébranle. La Pologne lance un ultimatum pour récupérer l’objet du délit ; c’est désormais certain, la prochaine croisade contre le monde laïc est en marche.

Réfléchissons un instant… Que nous dit la Loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 ? Elle redéfinit le libre exercice des cultes (article 1) mais aussi le mode de financement des lieux de culte présents à l’époque de sa promulgation et ceux à venir en rétablissant une nouvelle répartition entre l’Etat, les communes et le clergé (article 2). Bien évidemment à l’époque les débats houleux à l’Assemblée Nationale (et dans la rue) doivent être replacés dans leur contexte historique, la société française d’alors étant très imprégnée sur l’ensemble territoire par les lieux de culte chrétien et de façon générale par sa culture chrétienne. Et puis il s’agit d’une véritable rupture avec le Concordat vieux d’un siècle.

Mais sur le fonds, le principal volet de cette loi est un volet financier (toujours l’argent…). Depuis 1905, certains aménagements ont été observés notamment lors de la construction de la Grande Mosquée de Paris en 1920 mais d’une façon générale, afin de préserver cette laïcité à la française, l’Etat ne finance plus de nouvelles constructions cultuelles et n’entretient que celles préalablement inventoriées dans les années qui ont suivies la Loi de 1905.

Donc pourquoi tout cette agitation ? Le Conseil d’Etat a correctement tranché ce contentieux.

Il est vraisemblable que si la croix avait été intégrée directement au don, jamais le litige ne serait né puisque le tout aurait formé une oeuvre d’art et la Loi de 1905 ne traite pas de cette question. Mais voilà, la décision de surplomber l’œuvre d’une croix était indépendante de la délibération du 28 octobre 2006 par laquelle le conseil municipal de Ploërmel avait accepté le don de l’artiste russe. Si erreur il y a, elle est à ce niveau.

Quelles réactions auraient fusées si un maire de confession musulmane avait décidé d’installer un croissant sur un établissement public ?

Il est nécessaire de réexpliquer les fondements de cette Loi (et pourquoi pas la réformer si les désaccords sont trop profonds) sans quoi nous tomberons –avec la complicité docile des medias- dans une manipulation malsaine des convictions de chacun.

 

Patrice MAGNERON