Le bitcoin : quelle monnaie pour quel avenir ?

Ce début de siècle voit poindre l’arrivée d’un nouveau genre de monnaie dont la particularité première est son absence de lien et de dépendance avec l’Etat : le bitcoin.

 

Cette monnaie trouve son origine dans une prouesse technique avec la création du chiffrement RSA (1977) suivi de l’invention de l’arbre de Merkle permettant la compression de données restituée de manière sécurisée par le calcul d’une clé ou racine (1979).

Les premiers essais de monnaie cryptographique datent des années 1990 mais son invention ne parvient aux oreilles des économistes qu’à la fin des années 90, Milton Friedman pressentant alors la création d’une monnaie servant à assurer des transactions anonymes sur internet.

Enfin, en 2008, Satoshi Nakamoto annonce la naissance du bitcoin dont la première parité est fixée à 0,001 USD pour 1 bitcoin le 5 octobre 2009.

 

En dépit de l’avènement d’internet et la multiplication des échanges et transactions financières dématérialisées, cette monnaie reste cependant confidentielle tout du moins dans un premier temps.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation.

Tout d’abord, il est difficile de changer les habitudes des consommateurs qui sont conditionnés à utiliser des moyens de paiement traditionnels (carte bleue sur internet notamment). Ensuite, et c’est vraisemblablement la raison la plus pertinente, l’homme de la rue n’a aucune idée précise sur la question et notamment sur les risques potentiels que pourraient recouvrir l’utilisation de cette monnaie. En effectuant une transaction sur internet par l’intermédiaire du bitcoin, comment être certain que cette valeur sur écran me permette d’effectuer un achat sécurisé ?

Pourtant, certains ne s’y sont pas trompés et ont élu le bitcoin monnaie d’échange privilégiée de leurs transactions : trafiquants d’armes, dealers, réseau de prostitution… grâce notamment à cette possibilité quasi unique pour une monnaie dématérialisée : l’anonymat…

 

C’est ainsi que – ô stupeur – en 2013, le FBI annonçait la fermeture de Silk Road, une plaque tournante de la drogue sur le darkweb, dont l’essentiel des transactions s’effectuait en bitcoins.

 

Cinq ans après ce premier accroc, quels enseignements pouvons nous tirer de cette nouvelle donne ?

 

  • un petit rappel tout d’abord : à l’origine, la création de monnaie repose sur un principe assez simple : la confiance dans celui qui l’émet. Pendant très longtemps, cette confiance reposait sur une contrepartie dont laquelle tout le monde s’accordait à confirmer la valeur : l’or. Depuis la conférence de Bretton Woods en 1944 et l’abandon de la parité or, les Etats-Unis de par leur puissance économique, militaire, politique (et accessoirement la détention des 2/3 des stocks d’or…) ont assumé ce rôle de confiance. Aujourd’hui par qui est émise la monnaie cryptographique ? un informaticien qui « garantit » (à ce jour…) la sécurisation de l’échange.

 

  • Sans rentrer dans des détails théoriques, la création de monnaie est intimement liée à la sphère économique réelle. En d’autres termes, plus la croissance économique est forte, à prix constant, plus la création de monnaie doit être conséquente faute de quoi le renchérissement de la monnaie conduit à une augmentation des taux d’intérêt. Le cours du bitcoin s’est envolé ces derniers jours ; celui-ci s’élèverait à 17 000 USD ! Sur quoi repose cette envolée boursière ? la rareté de cette monnaie ? possible. La spéculation dont elle fait l’objet ? probable. La quasi-totalité des économistes s’accorde pour valider le fait que l’on est en présence d’une bulle financière et ce moins de dix ans après sa naissance…

 

Alors ? faut il avoir peur de cette monnaie ou s’en réjouir ?

Les pouvoirs publics semblent en retrait de cette évolution technologique ce qui semble assez paradoxal quand on se souvient avec quelle sévérité pendant des siècles les Etats condamnaient les faux monnayeurs. Car sur le fonds, c’est bien de cela qu’il s’agit.

A moins d’avoir légaliser et généraliser le troc ou à moins de considérer internet comme un espace de transaction n’obéissant pas aux mêmes règles que les marchés traditionnels, il semble que les pouvoirs publics aient tout bonnement laissés faire.

Il faut reconnaître que la problématique n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît.

Les différents Etats occidentaux tente de lutter contre le blanchiment d’argent pour des raisons de morale mais ce qui leur permet au passage d’augmenter les recettes fiscales.

 

Leur objectif à très court terme est d’éradiquer la monnaie fiduciaire en arguant que celle-ci favorise les transactions douteuses pour la remplaçer par une monnaie « électronique » Dernièrement, la Suède s’est targuée de ne plus avoir recours aux espèces pour au moins 90 % de ces échanges. Et ce n’est qu’un début.

 

Mais tout le monde pourra t il prétendre de façon équitable aux mêmes sources de financement en bitcoin : il faut un ordinateur, une connexion internet… Cette monnaie ne va t elle pas créée des inégalités sociales. Les personnes de conditions aisées effectueraient leurs transactions en bitcoin et les autres avec la monnaie traditionnelle ?

Cette refonte du système bancaire doit se faire avec les Etats afin de réaffirmer cette confiance que les peuples ont dans leur monnaie et il est plus que jamais indispensable que ceux-ci se penchent résolument sur la question des e-monnaies.

Pour terminer, au moment où sont écrites ces lignes, le cours du bitcoin a dévissé en Corée du Sud à la suite d’un piratage massif d’une plateforme d’échanges. Bref…

 

Patrice MAGNERON