Le handicap grand absent de la campagne

La campagne présidentielle bat son plein et après une période de « chianlit » médiatique qui a malheureusement effacée nombres de sujet fondamentaux nous pouvons désormais débattre programme contre programme lorsque les autres candidats en ont un.


J’appelle donc ma famille politique à l’origine de la grande loi de 2005 sur le Handicap à s’emparer à bras le corps de la question de la « société inclusive et du handicap »…

Les gouvernements qui se sont succédés depuis l’élection de François Hollande en 2012 n’ont eu de cesse de détricoter l’esprit libéral de cette loi qui repose sur la notion d’inclusion dans la société avec des mécanismes de compensation du handicap, afin de re-étatiser l’intégralité de la gestion du monde du handicap.

Cette question est pourtant majeure pour l’avenir de notre pays car ce sont près de 12 millions de français qui sont touchés par un handicap et environ 8,3 millions de proches aidants en France.

Les sommes financières en jeu sont considérables, les associations gestionnaires qui se voient confiées des enfants avec un handicap (le plus souvent à tort) par l’aide sociale à l’enfance facturent cette prise en charge entre 150 et 750 € la journée.

Les CMP, CMPP, SESAD, et hôpitaux de jour n’hésitent pas à facturer des sommes astronomiques à la sécurité sociale pour des soins totalement inadaptés et reconnus comme tels par la Haute Autorité de Santé (TSA, TED, TDAH et DYS) alors que les soins adaptés eux ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale.

Ces soins sont pourtant le plus souvent entre 10 et 12 fois moins chers.

L’inclusion scolaire que certains syndicats de directeurs d’écoles se sont permis de critiquer très ouvertement est toujours extrêmement faible en France alors qu’en Italie et en Belgique elle frôle les 100%.

Cette inclusion scolaire pourtant source d’équité et d’égalité n’est pas une charge de plus pour l’état, bien au contraire, elle permet de rendre indépendant et autonome de futurs adultes et donc des futurs citoyens à part entière qui plutôt que de végéter dans des IME à la charge de la société pourront dans leur grande majorité travailler, consommer et payer des impôts.

Par exemple, le coût d’un enfant autiste qui passe dans un IME ou il ne progressera jamais et finira certainement adulte dépendant est d’environ 8 millions d’euros pour la société.
(Une prise en charge adaptée dès la primaire qui lui aurait permis de devenir autonome représente un cout 10 fois inférieur)

C’est un exemple, il en existe des dizaines d’autres, ainsi tous les troubles DYS ne sont toujours compensés que de manière extrêmement partielle voir pas du tout dans certains départements.

Les enfants atteints de troubles neurologiques tels que le TDAH sont toujours massivement orientés vers des voies de garage et parfois de maltraitance que sont les ITEP (3% de sortis positives après le BAC), pourtant plus de 50% de ces enfants sont Haut Potentiel.

La surreprésentation des enfants qui relèvent du handicap au sein de l’Aide Sociale à l’Enfance a d’ailleurs été pointé du doigt par le défenseur des droits dans un rapport qui a fait grand bruit en décembre 2015. (Des droits pour des enfants invisibles)

Le système de l’information préoccupante (2007) qui à l’origine était prévu pour faciliter les dénonciations de maltraitances sur les enfants est devenu une arme de rétorsion contre les familles qui refusent de voir leur enfant privé d’avenir pour nourrir un système qui s’autoalimente en patients.

Les statistiques parlent d’elles-mêmes près de 120 % d’actions en plus chaque année.

Les informations préoccupantes manifestement abusives ne cessent d’augmenter, le conseil national de l’ordre des médecins s’en est d’ailleurs ému, car aucune poursuite contre leurs auteurs n’est envisageable, les dégâts sur les familles eux sont bel et bien réels et parfois irrémédiables.

C’est un électrochoc que la droite doit proposer, une remise à plat totale du système.

Il faut un véritable grenelle du handicap pour l’enfance avec la participation des associations gestionnaires mais également de toutes les associations représentatives des parents, des aidants, des AVS, des soignants, de l’éducation nationale, de l’ASE, des MDPH.

Il faut rapidement proposer une nouvelle loi cadre pour le handicap et autonomiser les parents avec le versement d’une allocation ou d’un « chèque » de compensation du handicap leur permettant de choisir les praticiens compétents pour soigner leurs enfants, mais également pour financer de manière supplémentaire les écoles inclusives, publiques ou privées.

Il en va de notre responsabilité commune et de notre avenir commun.

Stéphane Durand

Juriste d’entreprise dans le domaine du handicap