Macron sera-t-il notre Lincoln (ou notre Franco…) ?

Le titre de ce texte laissera perplexe plus d’un lecteur tant ces personnages historiques semblent éloignés l’un de l’autre.

Et pourtant, à bien y regarder, Lincoln ou Franco ont eu à trancher cet épineux problème qu’est l’unité nationale.

 

Bien évidemment, les époques et contextes sont différents. Mais nous pouvons néanmoins relever quelques similitudes et divergences.

 

Contrairement à une idée trop largement répandue, la question de l’esclavage à laquelle Lincoln a dû répondre était secondaire. Très rapidement, il a cerné les difficultés et les clivages existants entre le Nord et le Sud, clivages politiques, économiques, culturels ayant conduit à la sécession des Etats du Sud et donc à la perte de l’unité nationale américaine.

Le combat engagé portait donc sur la sauvegarde de l’Union, combat victorieux au bout de quatre années de guerre meurtrière fratricide. Mais qui n’a pas amélioré la condition des Noirs dans les années qui ont suivies. Et qui n’a pas changé fondamentalement la culture des Etats du Sud.

 

Le combat mené par Franco n’est pas uniquement un combat politique contre le communisme. L’Espagne d’alors est fortement marquée par le régionalisme – Catalogne, Baléares, Galicie, Castille… – qui menaçe l’unité même de l’Etat espagnol. Le conflit qui en résulte se solde par la victoire de Franco rapidement qualifié de dictateur (à juste titre) au motif notamment qu’il met au pas les vélléités régionalistes et centralise le pouvoir à Madrid. En étouffant les régions, il prend alors définitivement le contrôle du pays.

 

Dans ces deux cas, une des raisons motivant cette lutte pour l’unité nationale est la certitude que l’on ne peut être plus fort qu’en étant un. Seulement, dans le premier cas, la Constitution même des Etats-Unis et son fédéralisme ont permis aux Etats du Sud de conserver leur particularisme.

 

Depuis son accession au pouvoir en mai dernier, Emmanuel Macron doit lui aussi maintenir cette cohésion nationale qui a tendance à se déliter au fur et à mesure que le ressentiment et le mécontentement vis-à-vis de l’Europe s’accroît.

 

Faut il davantage de centralisation étatique (vision jacobine) ou de régionalisme (vision girondine) ? Implicitement, faut il renforcer cette unité nationale en concentrant les pouvoirs décisionnels en un lieu (Paris) ou les répartir sur l’ensemble du territoire ?

 

Jusqu’à présent, force est de constater qu’il a opté pour la première voie.

Ses premières mesures financières en matière de politique publique sont bien la représentation d’une mise au pas des collectivités locales, celles-ci voyant une partie significative de leur dotation leur échapper pour les prochaines années.

 

Puis, récemment, notre Président a dû se prononcer sur les revendications (autonomie, indépendance ?) des nationalistes Corses. La réponse est dans la lignée de ce qui précède : la république française doit rester une et indivisible.

Non au bilinguisme.

Non au statut de résident.

Oui à une révision constitutionnelle reconnaissant la spécificité de la Corse (pour quel changement ?).

 

Alors quoi ? Faut il approuver ? Rejeter ?

Quelle avenir pour la France souhaitons nous ?

 

Le rejet de l’Europe par une grande majorité des Français se traduit par un repli sur soi, la peur d’un grand vide car l’Europe est trop grande et trop hétérogène culturellement. Cela conduit tout naturellement à s’identifier à sa région natale et réclamer à cor et à cri cette reconnaissance locale que le tout puissant Paris refuse.

 

Ajoutons y une pointe de crise économique, et à la fracture sociale se cumule la fracture économique basée sur un égoïsme latent bien de notre époque : pourquoi payer pour des compatriotes issus de régions plus pauvres (regardez la Catalogne)?

 

En endossant la cape du « super-héro » sauveur de l’Union nationale, jusqu’où est prêt à aller notre président ? Sera-t-il l’homme qui gomme les différences régionales en déclinant à sa façon un profil idéal français ou sera-t-il celui qui fédère cette union tout en développant les autonomies locales ?

 

Au fonds, le débat qui anime ce début de quinquennat n’est-il pas plutôt la dualité universalité-diversité ?

 

Patrice MAGNERON